24 Avr

Face à la menace, les agents privés peuvent désormais s’armer

Des arrêtés relatifs à leur formation, publiés ce dimanche au Journal officiel, vont leur permettre de porter armes de poing et fusils. Entre 2000 et 3000 agents pourraient en être dotés.Des arrêtés relatifs à leur formation, publiés ce dimanche au Journal officiel, vont leur permettre de porter armes de poing et fusils. Entre 2000 et 3000 agents pourraient en être dotés.

Des centaines, voire des milliers d’agents privés de sécurité déployés à travers le territoire, une arme au ceinturon. Cette situation, hypothétique il y a quelques années tant l’image du vigile frisait la caricature, est sur le point de devenir bien réelle. Alors que le rapport parlementaire de l’ancien chef du Raid Jean-Michel Fauvergue et de sa collègue députée (LaREM) Alice Thourot préconise aux 167.800 salariés du secteur de se professionnaliser, au nom d’un nécessaire «continuum de sécurité» avec les forces de l’ordre, huit arrêtés des ministères de l’Intérieur, des Transports et des Outre-Mer publiés ce dimanche au Journal officiel pourraient provoquer une petite révolution dans le paysage de la sécurité intérieure.

Le préfet de département n’attribuera les autorisations d’acquisitions et de détention d’armes aux sociétés de sécurité concernées que si la menace sur le lieu à surveiller est établie

Jusqu’à présent, le port d’arme était contingenté à un nombre très limité de personnes dans le milieu des «activités de sécurité». Outre les convoyeurs de fonds en contact avec l’argent, il est octroyé aux seuls agents servant sur des emprises nucléaires d’Areva et du CEA ainsi qu’à une poignée de gardes – souvent d’anciens militaires – chargés de protéger des navires cibles d’actes de piraterie maritime. «Nous pouvons ajouter des agents d’une société de sécurité privée déployés sur le site de Disneyland, qui a réussi à négocier un accord particulier avec la préfecture de Seine-et-Marne», précise-t-on au ministère de l’Intérieur. Si les armes létales, lourdes de symbole et de potentiels dérapages, ont été distribuées au compte-gouttes, la menace terroriste a changé la donne. Et le gouvernement érige la coproduction de sécurité au rang de totem.

Désormais, un décret prévu dans la loi du 28 février 2017 relative à la Sécurité publique va acter la naissance d’agents de surveillance d’un genre nouveau. Les premiers, dits «classiques», ne pourront porter que des armes de catégories «D» comme des bâtons de défense, des matraques télescopiques, des tonfas ou des aérosols. Les seconds, en charge de la «surveillance armée», auront le droit aux fusils et aux armes de poing. Le décret précise: il s’agit de «revolvers chambrés pour le calibre 38 spécial» ou de pistolets semi-automatiques de calibre 9 mm, analogues au modèle Sig Sauer Pro des policiers et gendarmes.

Mais la protection ne va pas pour autant se jouer sur un air de western puisque le législateur a mis en place des garde-fous. Claude Tarlet, le président de l’Union des entreprises de sécurité privée (USP), témoigne: «Nous accompagnons cette évolution historique, car nos agents sont appelés à avoir un rôle important, mais en restant très attentifs sur les conditions d’achat et de détention de ces armes, sur la formation et l’entraînement des agents ainsi que sur leurs conditions de recrutement». Le texte, draconien, prévoit un double verrou: celui du préfet de département d’abord. Ce dernier n’attribuera les autorisations d’acquisitions et de détention d’armes aux sociétés de sécurité concernées que si la menace sur le lieu à surveiller, évaluée par l’Unité de coordination de lutte antiterroriste (Uclat) ou le Renseignement territorial (RT), est établie. Chaque agent de surveillance devra, quant à lui, passer sous les fourches caudines du Conseil national des activités privées de sécurité (Cnaps), gendarme de la profession. Outre une enquête serrée de moralité, il devra suivre une formation très poussée. Les armes seront quant à elles conservées pour une durée de cinq ans, avec un lot contingenté à cinquante cartouches par période de douze mois.

Source : http://www.lefigaro.fr